Bercy, 21h30
Les lumières s'éteignent. La pression monte à son apogée. Marilyn Manson est là. L'icône pour lequel ce monde se déplace en cette douce soirée. Il fait chaud, pourtant, nous sommes en sueur. Tension, une sorte de malaise s'installe.
Les premières notes résonnent.
If I Was Your Vampire débute. Les lights font leur effet, les fumigènes fusent. Manson se perd dans la fumée, épaisse et angoissante. Tout est là : Marilyn Manson est de retour. Le brut, celui qu'on attendait depuis le début. Tel le Messie, il vient délivrer son message d'amour et de haine, vociférant la ballade torturée.
I love you so much you must kill me now... I love you so much you must kill me now...
Les lumières s'éteignent, la tension remonte. Tout d'un coup les premiers riffs tranchants :
Disposable Teens qui met tout le monde d'accord. Nous sommes revenus a la vieille haine de Manson des 90's. Quelle osmose. Moment de communion. Je regarde. Des hurlements hystériques.
Marilyn Manson est un Dieu.
Prière. Tous les esprits sont en symbiose, les fans s'agitent au rythme de la musique. Il prêche et en bons religieux nous absorbons les paroles de cet homme qui est pour nous un modèle. Symbole de tout une génération de jeunes âmes en peine, perdues, cherchant une cause a laquelle se rallier...
Marilyn Manson a donné en quelque sorte un sens à ma vie, m'a ouvert des horizons culturels et musicaux qui semblaient éloignés. Marilyn Manson est le savoir. Notre Dieu.
Don't Be Surprised When We Destroyed All Of It...
Les cordes de la guitares vibrent de nouveau: nous sommes partis pour un
You And Me And The Devil Make 3 d'anthologie. Lights efficaces. Le public réagit, Manson nous transmettant son énergie. Petites particules d'étoiles, nous sommes bien infimes face à la grandeur de cet homme.
Le Chaos.
La Décadence.
La hargne reprend le dessus. L'odeur entêtante de la cigarette, de la sueur, du shit me monte à la tête, et me fait vivre un des plus beaux moments de ma vie. Absorbé par cet artiste sans commune mesure. Suis-je en complète communion ? Je suis fasciné.
Je ne suis rien. Il est là pour me le dire, et pour me revalorisé. Voila ce qu'est Marilyn Manson : un univers a lui tout seul, avec ses propres règles, indéfinissables.
La bouche peinturlurée en rouge suit les parolesdu Réverend, les nôtres aussi, en rythmes, envoutés...
Tout d'un coup, une musique stridente retentit. Un archer frottant les cordes de la guitare électrique, Tim Skold attire tous les regards sur lui. Mais cet instant est si court et pourtant si subtil.
Une femme presente sur le bord de la scène. Des lunettes en forme de coeur. A chaque moment, Manson se tourne vers elle. L'amour. Ce qui a rendu cet homme si sensible et faible durant ces instants. La seule personne qui detient les clés de cet homme insondable.
There's Not A World For What I Want To Do To You
Tout d'un coup,
Irresponsible Hate Anthem , coup de tonerre irrépressible, Manson ne pourra être arrêté. Une transformationcomme on attendait depuis des années, une sincerité, une énergie rageuse des débuts. Mais seulement voilà, nous ne sommes plus aux débuts du groupes. J'ai un haut le coeur. D'un coup, Manson chancelle, puis se dirige vers le fond de la salle. Prend une bouteille, met un masque, inspire. Nous ne sommes plus aux débuts. Manson a vieilli, s'est indubitablement assagi. De la peine, de la tristesse...
Et si c'était la fin?
FUCK IT
!!!
There's motherfucking motherfucker...
Mon scénario tragique est brisé: Manson repart à l'assaut a l'aide d'un mOBSCENE bien rodé. Nos coeurs balances. Un vide, une énergie, une force telle qu'il est impossible de ne pas être fasciné par cet étrange être, prêchant, penché, vouté, qui gardera toujours cette part d'insondable, d'inconnu, de mysterieux pour lui.
Un être fascinant et qui n'a pas fini de faire parler de lui. Il s'egosille, accompagné de
Tim Skold et de
Rob Holiday aux choeurs. Dantesque.
You want commitment
Put on your best suit
Get your arms around me
Now we're going down, downtown
You want commitment
Put on your best suit
Get your arms around me
Now we're going down, downtown
Notre prière à tous.
Sweet Dreams [are made of this]. Suis en latence, ma balançant, berçé par cette musique si violente d'apparence mais si douce, si vraie. Je ne peux m'empecher de verser une larme. Un symbole, voilà comment l'on pourrait définir cette chanson. Celle qui nous a révelé l'Antichrist. Celle qui nous a donné du coeur. Celle que nous connaissons tous. Les mots sortent d'eux même de nos bouches.
Je ne pourrais fermer les yeux, de peur de louper une seconde de cet incroyable évenement, ou nous sommes tous unis, tous du même sang, la musique coule dans nos veines. Manson nous a rallié sous son étendard, nous pousse à aller de l'avant. A l'apogée du bonheur.
Sweet dreams are made of this/Who am I to disagree?/Travel the world ans the seven seas/Everybody's looking for something...
Le trés efficace
Putting Holes In Happiness suit, Marilyn semble exalté. Moi aussi, Le regard vide, sourire aux levres, dans mon rêve de realité. Une star est née. Un jour sombre de 1982-1983, Brian Warner a decidé de devenir un autre homme afin de me faire rêver. La foule est en transe. Personne n'echappe a cette energie demoniaque qui emane du personnage, indescriptible, qui nous prenait au coeur, et ne faisait remuer les levres dans une sorte de priere commune...
Please run away with me to Hell
She blew me her death-kiss...
Just A Car Crash Away débute. Morceau doux, signe d'une époque qui vient e s'ammorcer. Oui, l'Antichrist est fini, definitivement. L'ange déchu a laissé place a l'homme, ce n'est plus Marilyn Manson qui nous apparaît durant cette ballade, mais Brian Warner, l'homme, sa faiblesse dans toute sa splendeur au bord de la scène. Il la regarde de temps à autres, d'un regard éperdument amoureux. Periode de latence... Peu de gens connaissent le titre,et beaucoup attendent le prochain gros son.
I knew that our love was just a car crash away...
Les premiers riffs de
Rock Is Dead s'enchainent, et c'est la folie. Brian warner redevient Marilyn Manson. La foule reprend en coeur ce titre qui a fait la belle époque de Marilyn Manson. Le morceau prend toujours une autre dimension en live. Nous sommes dechainés, et Manson aime ça. Il n'a plus vraiment de souffle, mais peu importe, nous, petites particules de poussière disséminées, avons pour une fois plus de puissance qu'il n'aurait pu imaginé. Oui, notre voix couvre celle du maître.
GOD IS THE TV
Puis
Heart-Shapped-Glasses plonge Bercy dans un univers rouge et noir. Sur le côté Evan Rachel Wood, en hommage à son mari, enfile les lunettes qu'elle porte lors du clip. Marilyn Manson redevient Brian Warner a nouveau. La tristesse m'envahit. C'est vraiment la fin d'une époque, qui nous avait marqué, nous avait poussé au changement. Je me rappelle de la premiere fois ou j'avais été attiré par l'exentricité du personnage, de la premiere fois ou j'avais entendu un de ses titres... Ce qui m'avait poussé a aller de l'avant. Comme un Dieu, il m'avait poussé a prendre dur moi, a ne pas perdre courage. J'avais courage en lui...
Mais maintenant? Quel exemple prendre? Marilyn Manson était redevenu humain! Plus d'exemple, plus qu'une stupide réalité, decevante...
[That Blue Is Making Me High, Making Me Low]
Tainted Love suit la marche infernale. Le public reprend en coeur, mais je reste pensif quant a Marilyn Manson... L'homme arrivera-t-il toujours a suivre le rythme infernal qu'il a suivi durant des années?
Puis c'est
The Dope Show. Sur l'écran géant chutent des pilules rouges, marqués du Eat Me, puis de l'autre côté de la croix de Lorraine, symbole de l'album.
Manson chante, il est dans son élément. Il en profite pour se toucher allégrement l'entre jambe puis décidé à s'offrir à son public, il se dirige vers la gauche de la scène et présente ses fesses au public qui ne manque pas de réagir devant tant de sollicitude. Puis comme s'il sentait que le côté droit de la scène pourrait se montrer jaloux, il se dirige tranquillement vers le public avec un petit air narquois et à nouveau présente son postérieur à ses fans ravis et passablement amusés. Ce sera là toute la provocation de ce show que l'on associera avec l'instant où Manson place son micro dans son pantalon en guise de pénis.
We're all stars now in the dope show
We're all stars now in the dope show
S'enchaine ensuite
Great Big White World.
Mechanical Animals est vraiment a l'honneur sur cette tournée. La chanson est interpretée sur fond de planètes et d'étoiles, la voix de Manson, qui fait des efforts pour chanter, nous envoute, la chanson est légere.C'est sans doute l'un des plus beau moment du concert. La mise en scène est réussie, elle se conclue par un premier lancer de confettis argentés qui illumine la fosse.
"We used to love ourselves,
We used to love one another"
Puis suit
The Fight Song. La foule est en transe, ça pogotte, ç remue, la salle empeste le shit, j'ai un haut le coeur, lorsque la rythmique débute. L'enchaînement de trois titres incontournables de la discographie est un régal.
The Fight Song est sans doute l'un des titres les plus efficaces en live parce qu'il permet un véritable échange entre l'artiste et son public.
Echange que rien ni personne ne raterait pour rien au monde. Nous sommes tous là, nous abreuvant des paroles de l'homme qui semble avour recouvré ses forces perdues au debut du concert.
Envoûtés.
FIGHTFIGHTFIGHT!
Puis c'est
The Beautiful People après le questionnement habituel de Manson, la chanson démarre alors qu'apparaissent sur l'écran les yeux aux pupilles en forme de c½ur que l'on retrouve dans le livret de l'album
Eat Me Drink Me.
Manson est de nouveau déchaîné, il court, se traîne par terre, prend ses musiciens par le cou, s'accroche au clavier de Vrenna. Je souris, l'air vide.
La chanson se termine sur le deuxième lâcher de serpentins, blanc et longs cette fois et par des jets de fumée qui finissent par masquer la scène entière.
Les lumieres s'eteignent: ça y'est c'est la fin. Tout le monde s'attend a voir la chaise géante apparaitre et entendre les premieres notes de
The Nobodies.
Mais non. Tout d'un coup:
DRUGS-GOVERNMENT-KILL-GUNS-PRIEST
Les mots défilent sur l'écran geant.
SUBMIT-BULLET-GOD-SEX-FUCK-PAIN
Puis la lumière revient et c'est le début de
The Love Song. Très belle surprise. Les mots à l'écran apparaissent les uns après les autres à une vitesse folle. Manson qui semble avoir les plus grandes difficultés à chanter, décident de faire chanter le public à sa place. A ma grande peine, je suis obligé de constater la fatigue du Réverend. Il est temps que le concert s'achève, Manson semble fatigué.
Do You Love Your God? - Yeah!
You Gun? - Yeah!
Your Government? - Fuck You!
Le dernier espoir d'avoir
The Nobodies et le décor de la chaise s'écroule, en même temps d'ailleurs que l'ambiance dans le public car Manson entame
Eat me, Drink me.
Evidemment, on comprendra le clin d'½il : Manson débute le concert avec la première chanson de l'album
Eat Me, Drink Me et l'acheve avec le dernier titre.
Mais il s'agit d'une erreur tactique car les fans ne connaissent pas les nouveaux morceaux et ils attendaient visiblement autre chose.
Eat Me, Drink Me, This Is Only A Game...
Le concert s'achève sur ces mots. Soudain, je comprend la fibre même du personnage, du show, de son oeuvre, de ce qu'il est en train de réalisé en ce moment.
Ca y'est apres nous avoir rendu service pendant tant d'années, Marilyn Manson est redevenu Brian Warner, ne nous permettant plus de prendre appuie sur le Dieu qu'il était (et qu'il restera), mais de prendre modèle sur un homme.
Un homme simple.
Oui.
Mais un homme amoureux.